Bref rappel des fanzines qui se sont succédés en France
de 1955 à 1970.

     Le premier fanzine français, Le petit silence illustré, est né en février 1955. Il est le produit de la verve et de l’imagination de Jacques Sternberg qui, paraît-il, en assurait la duplication dans le service des archives du ministère où il travaillait. Il se présente sous la forme d’un fascicule au format 10,5 x 27. Le ton humoristique et grinçant qui le caractérise ne surprendra pas les lecteurs des romans et nouvelles de son auteur. Jacques Sternberg maintiendra son fanzine jusqu’en novembre 1958.

     Au mois de juin de la même année, émanation du club Mystère Fiction (éditions Opta) Cellules Grises parait à son tour. Est-ce un fanzine ? On peut se poser la question puisqu’il est géré par Maurice Renault, l’éditeur de deux magazines consacrés aux histoires policières et de science-fiction. Malheureusement, il ne m’a pas été donné d’en voir un seul exemplaire. Cette publication disparaîtra après un peu plus d’une année d’existence.

     En novembre 1956, le club Futopia dirigé par Pierre Versins lance Ailleurs. Ce fanzine devenu légendaire, publiera, dans son ultime formule, le résultat des recherches effectuées pour recenser les textes conjecturaux de l’Antiquité à nos jours et, notamment, les romans et nouvelles publiés dans Le Journal des Voyages ou Sciences et Voyages, les éditions Ferenczi ou les Tallandier bleus. C’est grâce à ce travail acharné et sans doute aussi grâce au concours des abonnés d’Ailleurs que Pierre Versins pourra réaliser quelques années plus tard sa formidable Encyclopédie.

     Fin 1958 parait Le marché aux puces fantastique dont je ne citerai que le nom pour ne l’avoir jamais vu. Puis J.P. Chevalier édite depuis Lausanne Canope (1959) dont je ne sais là encore rien de plus.

     Il faut attendre le mois de mai 1961 pour voir apparaître ce que l’on pourrait appeler la seconde génération des fanzines français.

     C’est tout d’abord Karellen de G. Gheorghiu et Jeunesse pour rire de J.P. Kudelka (mais qui ne survivra que deux mois). Dans la foulée, Daniel Drode sort La Couenne des Siècles (il n’y aura qu’un seul numéro) et Ben Vauthier O. Enfin, Jacques Ferron lance son clubzine Le Jardin sidéral qui durera jusqu’en 1967. Cette publication - au format d’une feuille 21x27 pliée en deux dans sa plus grande largeur avec agrafage sur la pliure - est peut-être la première du genre à publier des auteurs étrangers puisque figureront à de nombreuses reprises des auteurs espagnols.

     Orion de Marcel Battin sort l’année suivante. Ce fanzine fusionnera en septembre avec Karellen. Puis J.Cl. Bellassen et M. Jakubowski sortent Espace. Et en 1962, c’est à une avalanche de fanzines que doivent faire face les amateurs privés depuis 1960 de la première édition de Galaxie et de Satellite qui, d’une parution plus que spasmodique, va bientôt disparaître.

     En 1962 donc vont naître successivement Astéroïde de Domi Pietri (en Corse). Ad Nauseam succèdera à Espace et, pour les dingues de B.D., il y aura désormais le superbe et très sérieux Giff-Wiff de Francis Lacassin qui honorera tout particulièrement Burne Hogarth (Tarzan, Drago et j’en passe).

Lumen n° 10 - juillet 65

     L’année 1963 enchaîne avec Lumen de Claude Dumont (Belgique), un fanzine tiré à l’alcool, Le Scarabée de J. Cl. Chabel qui ne vivra que deux numéros, Nocturne qui remplace Ad Nauseam mais pour un chant du cygne. Chaos (Karellen + Orion) en revanche cesse de paraître. Ailleurs disparaît pour laisser la place à la formule " études conjecturales " dont j’ai parlé plus haut. Mais c’est surtout la naissance de Lunatique qui retiendra l’attention.

Lunatique n°7

     On doit Lunatique à Jacqueline H. Osterrath. Mariée à un allemand - elle restera également dans les annales pour avoir assuré la traduction des premiers Perry Rhodan -, elle entreprend avec son fanzine une véritable oeuvre de découverte de nouveaux auteurs. Si elle fut l’un des tous premiers fanéditeurs à publier mes textes (dont deux furent repris par la revue Fiction), on lui doit sans nul doute d’avoir découvert Jean-Pierre Andrevon et bien d’autres. Mais je ne dispose malheureusement plus de la collection pour m’en assurer. Lunatique, en tous cas, durera près de dix ans (un record que seul Lumen pourrait éventuellement lui disputer), ses livraisons s’effectuant avec une régularité presque professionnelle. D’une présentation assez primaire, ce fanzine était néanmoins agréable à lire. Peut-être parce qu’il bénéficiait du format A4 qui n’était pas encore en usage en France où seul le 21x27 était utilisé.

     L’année 1964 sera fertile en fanzines éphémères. Mais la Belgique verra apparaître Atlanta, assez semblable à Lumen à cela près que Michaël Grayn, qui traduit le flamand, pourra publier des textes de John Flanders (alias Jean Ray) et transformera son fanzine au tirage alcool en un petit objet imprimé en 1966. Et une certaine Françoise Brecht accouchera de Mercury. Mais je renvoie le lecteur, pour la suite de ce fanzine, à la page lui étant consacrée.

Atlanta n°3     Atlanta     Atlanta

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     Quelques mots pour achever ce petit panorama.

     En 1965 vont sortir de petites choses comme Uriel et un superbe Gestalt qui n’aura malheureusement qu’un seul numéro.

     1966 verra encore éclore les feuillets d’actualité de Michel Féron (Belgique) aux noms particulièrement attrayants : Mizar, Le sac à charbon, Vo N’polez nin comprind... Robert Baru-Fisher proposera depuis la Suisse un Ctulhu News imprimé qui ne vivra guère. Et l’année suivante sonnera le glas de la seconde génération avec la disparition de presque toutes les publications faniques. Viendront alors les revues que furent Horizons du Fantastique, de Dominique Besse, ou Miroir du Fantastique. Puis Alain Schlockoff, sur les traces de Mercury-Bis, donnera L’Ecran Fantastique et Metaluna aux amateurs de cinéma-bis avant que n’arrive, en avril 1970, l’excellent Nyarlathotep de Robert Le Gloanec et Daniel Riche. Mais ceci est une autre histoire.

Nyarlathotep n°7   Nyarlathotep n° 10 - 2eme semestre 1975

 

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Dans "SORDIDE SENTIMENTAL - LUMIERES & TENEBRES", éd. Camion blanc, Jean-Pierre Turmel rend hommage aux fanzines de sa jeunesse : " Je fus stupéfait de la diversité des publications, chacune étant très personnelle, et à l'image de son éditeur (ou de son éditrice). Quel monde entre le brouillon Mizar édité par le prolifique Michel Ferron en Belgique sur une duplicatrice à alcool (il faisait aussi Galook, Super Math, Le Journal de Jonathan Harker et une flopée d'autres que j'ai oubliés), et le plus sérieux (voire bourgeois) Lunatique de Jacqueline Osterrath (mais qui faisait scandale avec ses numéros spéciaux érotiques), ou bien Mercury de Jean-Pierre Fontana qui fut mon modèle pendant longtemps, vu l'excellence de ses publications."

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J.P. Fontana